mercredi 1 juin 2011

Ras-le-bol des bien-pensants...

 ... qui décide ce que l'on doit manger et nous l'impose au nom du bien-être commun. Ne sommes nous pas dans une société libre? J'en doute de plus en plus. D'où me vient cette écoeuranterie soudaine? De la cafétéria du CHUS. On y a banni, lorsqu'on l'a déménagé, la poutine et autres «horreurs de ce genre» comme se plaisent à dire les tenants de la nourriture saine. Heureusement, il restait le casse-croûte du 3e pour tricher. Or, celui-ci est désormais fermé et l'on doit maintenant accepter sans sourciller les paninis, le repas du jour ou l'un des à-côtés santé offert. Ah oui, j'oubliais; il y a des sushis disponibles deux jours semaine... Immense soupir et grincements de dents!

À ceux qui pensent que je cuisine mal et que mes enfants ne mangent que de la «scrap» et du surgelé, je vous rassure tout de suite, on mange hyper bien chez moi. J'ai un jardin, du boeuf et du poulet directement du producteur, des oeufs de mon poulailler, des framboises de chez papy, du chevreuil d'Anticosti, des lapins d'un ami, de la rhubarbe de ma cour arrière et j'en passe! Y'a plus de légumes et de fruits au menu que dans la majorité des familles que je connais... Je dis d'ailleurs souvent que j'aurais dû être proprio d'une fruiterie, ça m'aurait évité d'y laisser autant d'argent chaque semaine ;) Mes enfants mangent de tout, et comme j'aime expérimenter -j'essaie au moins un nouvelle recette chaque jour-, ils ont goûté à bien des amalgames douteux qui se sont, au final, avéré délicieux. La question «Qu'est-ce qu'on mange» est d'ailleurs devenu source de grandes discussion chez moi. (Ça vaudrait la peine que je vous en jase un jour, j'ai une collection d'anecdotes savoureuses à ce sujet... :) )

Pourquoi je chiale alors? Parce qu'il fut une époque où j'avais un gamin qui crachait ses tripes parce qu'on lui injectait de la chimio hautement toxique en dose quotidienne plus élevée que la consommation d'eau préconisée par les diététistes. Vous croyez qu'il avait alors envie de manger des paninis ou du boeuf en sauce le fiston quand arrivait l'heure des repas??? Qu'il en aurait redemandé du brocoli et des chou-fleurs qui goûtent l'eau ou du poisson qui sent tellement que le chariot est encore dans l'asccenseur que tu sais déjà ce qu'il y a dans le plateau! Non. Il mangeait de la poutine, des chips all dress et du fromage en grain, des croquettes et des frites du McDo qu'on allait lui cherchait en voiture et combien d'autres trucs bourrés de calories. «L'important, c'est qu'il mange. Point.» dixit l'oncolongue elle-même, une femme en or qui traite ses patients comme si c'était ses enfants. Et comme les enfants cancéreux n'ont souvent que peu d'appétit, il faut que le peu qu'ils ingurgitent soit très très riches pour leur permettre de tenir le coup. Sans compter que le goût des aliments est altérés par la chimio; tous s'ententent pour dire que la bouffe a un désagréable goût métallique prononcé. Je connais une ado qui a mangé du Kentucky un mois pendant sa greffe de moelle osseuse. Elle n'en est pas morte. Au contraire, elle s'en est franchement bien tiré! Et je ne parle ici que du cancer... On n'a souvent pas davantage envie de manger quand on est malade. Point à la ligne. Alors s'il faut qu'en plus, on mange ce dont on a pas envie...

J'en suis arrivé à la conclusion que ceux qui prenaient ce genre de décision pour le bien de la majorité n'avaient jamais été RÉELLEMENT malade au cours de leur vie. Je suis de celle qui croit que la majeure partie des problèmes d'une société réside dans les excès. Or, nous sommes en train de passer d'un extrême à un autre dans bien des domaines. Est-ce que le juste milieu ne serait pas une option envisageable de temps en temps?

Fallait que je le dise... ;)

Ajout: Parce que certains semblent avoir mal interprété mes propos, je précise ici que mon fils n'a pas mangé que de la «scrap» pendant deux ans. Il avait ce droit en période intensive de chimio et de radio, non seulement pour l'apport en calorie, mais également pour le côté réconfortant de manger ce qu'on aime...

10 commentaires:

idmuse a dit…

Trop d'accord. Ma tante pendant la chimio n'avait envie que de chocolat entre deux siestes. Pas le goût d'une soupe, ni d'un gros repas. Elle prenait une barre de n'importe quoi et retournait au lit.
Il m'arrive de croire que ce sont ces petites gâteries qui l'a menée à la rémission :)

Gen a dit…

Tellement d'accord. Mon mini-traitement de chimio suite à ma première grossesse ectopique m'avait complètement coupé l'appétit. Tout ce que je tolérais c'était des fruits et du fromage.

J'étais chanceuse, c'était encore "santé", mais si j'avais voulu du gras, j'aurais pas accepté autre chose!

ClaudeL a dit…

Vu de même...
Je ne peux pas ne pas être d'accord puisque j'ai fait les commissions de ma mère pendant deux ans et il y avait plus de petits gâteaux Vachon, de Map-o-spread que de carottes dans le panier d'épicerie. Et depuis deux ans qu'elle est au CHSLD, je lui apporte régulièrement sa dose de sucré, elle n'en a jamais assez. À bientôt 87 ans, on peut bien la laisser manger ce qu'elle veut.

Elisabeth a dit…

@idmuse, Gen et ClaudeL: Bien contente de savoir que je ne suis pas la seule à avoir cette vision de la vie... :)

Hélène a dit…

Que ça a changé au CHUS depuis que j'y suis étais! J'y ai passé un bon 3 ans et demi durant la fin de mon bacc en biochimie et ma maîtrise, et laisse-moi te dire que si ça n'avait été des poutines de la cafétéria et du casse-croûte, je ne sais pas ce que j'aurais mangé. Donc j'en avais de très beaux souvenirs et je suis bien déçue!
Blague à part, je trouve absurde cette idée de vouloir tout contrôler dans la vie des gens, ce qu'ils mangent et ce qu'ils font. Ton point à propos des excès est tout-à-fait juste, et c'est souvent d'ailleurs en se faisant priver de quelque chose qu'on aime de force qu'on finit par exagérer par la suite.

Isabelle Lauzon a dit…

C'est quoi le concept? On est dans un hôpital, alors il faut manger santé? Dans les écoles, je ne dis pas, c'est une bonne idée de ralentir un peu sur le junk food pour donner une autre alternative aux enfants qui se nourrissent mal tout le temps... mais au final, moi, je suis pour le libre arbitre. On offre le choix entre toutes les catégories et le consommateur choisit. Il y aura toujours des gens qui mangent de la scrap, d'autres qui ne mangent que de la salade... Ces deux opposés peuvent être dommageables!

Comme tu le dis, faut établir un équilibre. Ma définition d'un bon repas équilibré, c'est une salade Subway avec un chips au ketchup et un coke! LOL!

Et tu as eu raison de gâter ton fils lors de ses traitements. Quand un enfant est malade, c'est bien, qu'il puisse goûter le plaisir d'une bouffe à son goût! Le brocoli et les choux fleurs, c'est un combat qui peut être mené dans d'autres périodes, plus sereines... :)

Et les bien-pensants... moi aussi : ras-le-bol!!!

casydamke a dit…

100% d'accord !
Dans le cas de mon époux : Essayer de reprendre des forces quand tout ce que vous pouvez ingurgiter après une opération très délicate au niveau de la gorge c'est de la crème glacée et que la seule qui est disponible en cafétériat est allégée ...
Où est la logique?
Dans tous les cas, le rétablissement s'en trouve retardé inévitablement.
Alors, laissons donc à tous et chacun suivre le chemin qu'il veut prendre et comme ça, ceux qui ont de réels besoin auront accès aux choses vraiment nécessaires.
C'est mon avis ;)

Lise a dit…

Pour vous éclairer, je travaille dans le domaine de la nutrition et ce virage à la cafétéria du CHUS est un mouvement provincial. Le gouvernement provincial a imposé à tous les établissements de santé de retirer la malbouffe des hôpitaux. Je ne me rappelle pas la date d'échéance... Malgré ma formation, je partage l'avis d'Élisabeth. Pourquoi devoir obliger les gens à bien manger? Informons-les et laissons-les décider pour eux-mêmes.

Jeanne a dit…

Bonjour Elizabeth et merci. Vous savez quand on achète une bouteille de vin par chez nous nous aimons mettre un ou une personne derrière l'étiquette et de préférence le ou laconnaître. Me permettre d'entrer dans votre bulle est un privilège pour moi. Merci. Je ne sais pas ce qu'est la poutine mais comme vous j'aime à répondre aux désirs des gens qui m'entourent. Je lirai volontiers vos posts. Jeanne

Anonyme a dit…

Malheureusement je crois que le juste milieu nexiste tout simplement pas... car quand ont y pense: le juste milieu = équilibre

et par les temps qui court,nous sommes dans une periode de tout ou rien: tout blanc ou tout noir...
pas de zone grise vive la démocratie...

Par contre je suis completement d'accord avec toi, l'important c'est que ton fiston mange pour avoir l'énergie de se battre contre cet gigantesque épreuve qu'il n'a pas choisi d'avoir, peut-t'il au moins avoir le choix de manger ce qui lui donne un peux de plaisir!un vrai petit guerier...
bon courage!